vendredi 16 octobre 2015

Les mystères du Grand Parquet : 10 millions de retombées par an, vraiment ?


Le mystère éclairci ?

La République de Seine-et-Marne a lancé le débat dans son édition du 4 mai 2015 : "le Grand Parquet en vaut-il la peine ?".


Il y a une affirmation, que le journaliste reprend avec prudence, "on estime que les retombées économiques "directes ou indirectes" chaque année du Grand Parquet tournent autour de 10 millions d'euros".

Mais d'où vient ce chiffre ?



I. L'étude fantôme ?

La première fois que je l'ai entendu, c'était lors du Conseil municipal du 9 février 2009, à l'occasion du transfert du Grand Parquet de la Ville à la Communauté de communes (http://monique-fournier.blogspot.com/2009/09/conseil-municipal-du-9-fevrier-2009.html).

Voilà ce que l'on peut lire dans le PV de l'époque : "Mme FOURNIER s'interroge sur l'impact sur l'économie locale et se demande comment celui-ci a-t-il été évalué".

Bien sûr, je n'avais eu aucune réponse, à part une vague piste sur un rapport émanant de l'Ecole des Mines.

En effet, c'est en débattant du rapport annuel de la Communauté de communes, le 16 novembre 2009 que j'avais avancé dans mon enquête, et je prenais le Maire à partie : "Vous nous parlez toujours d'une soi-disante étude sur ce que rapporte ce grand et médiatique projet : je vous demande instamment de la communiquer au public et à l'opposition. Nous verrons bien si c'est la vérité." (http://monique-fournier.blogspot.com/2009/11/conseil-municipal-du-16-novembre-2009_6980.html)

Là, je tombais de haut, M. Frédéric Houssay, le fameux adjoint aux affaires économiques, mais « faux électeur » de son état, me répondait ainsi au PV : "Par ailleurs, M. HOUSSAY revient sur les mises en doute des retombées du Grand Parquet: les dix millions d'euros évoqués par Mme FOURNIER n'émanent pas d'une quelconque étude de la ville ou de la CCFA, mais des organisateurs de manifestations eux-mêmes. Par conséquent, il déplore de voir stigmatisé cet investissement du Grand Parquet."

Je faisais crédit à la mairie d'avoir une démarche intelligente, mais là, gag ! Sérieux s'abstenir donc : le "au pif" et le "oui dire" seraient devenu l'étalon d'une démarche coutant 15 millions !

Le 20 janvier 2011, le débat revenait sur le tapis cette fois-ci, sur le coût de transfert du Grand Parquet (http://monique-fournier.blogspot.com/2011/01/conseil-municipal-du-20-janvier-2011.html) : "Je rappelle que pour justifier le "formidable potentiel" du projet, le chef de la majorité, majorité actuelle, avait brandi un rapport de l'Institut européen du développement durable de l'école des Mines, rapport qui en réalité ne portait que sur la filière équine en général. On a entendu sur tous les tons les bienfaits de l’équipement pour le commerce, les hôtels, les restaurants, le tourisme : oui, mais le chef de la majorité actuelle n’apporte à ces affirmations publicitaires que sa parole, dont on peut largement douter."

Dans le PV, je précisais encore : "Mme FOURNIER évoque une autre réalité reconnue par le cabinet Klopfer chargé de l'évaluation : il n'existe aucune étude de marché, ni marketing permettant de connaître le caractère rentable de l'opération. Par conséquent, elle évoque un projet purement médiatique ne servant que les intérêts politiques de M. LE MAIRE. […] selon l'étude de l'école des Mines, les retombées du Grand Parquet bénéficient davantage aux autres communes environnantes et surtout à l'Etat. L'Etat organise ainsi les filières, loue le terrain de l'équipement moyennant finances, et laisse les organisations équestres établir une concurrence entre les installations et les autres."

Je n'ai eu aucune réponse. Et pas de démenti !
Que celui qui ne me croit pas aille voir le PV (que je tiens à disposition).

Donc, le silence est coupable !
Il n'y a pas d'étude démontrant qu'il y a pas 10 millions de retombées réelles sur notre communauté.

II. Que contient le rapport ?

J'ai pu me procurer ce fameux rapport d'étude de la filière équine en réserve dans biosphère du pays de Fontainebleau et du Gâtinais français et je vous en livre mon analyse.

Il a été écrit sous la direction de Mme Patricia Fraile, de l'Ecole des Mines et anciennement mise à disposition près l'Institut européen du développement durable (IEDD).

Mais, il ne comporte aucune allusion à un bénéfice aussi somptueux, seulement le cumul des dépenses des visiteurs et exposants. 
Le retour local est donc plus faible comparé aux dépenses de transports ! Certes, il y a des effets locaux, mais sûrement pas 10 M € !

III Que faire ?

J'ai envisagé plusieurs solutions pour sortir par le haut de ce cauchemar financier et qui peuvent se combiner en tout ou partie :

- la mise en délégation de service public, c'est-à-dire le recours au privé. J'ai exprimé mon scepticisme sur le recours à une concession de travaux, c'est-à-dire à la délégation complète de la construction et de l'exploitation. C'est construit, désormais il faut assumer le passé et le passif. Rien n'interdit un affermage, c'est-à-dire une délégation de la gestion, pour décharger la collectivité du déficit structurel de fonctionnement qui nous plombe.
- l'élargissement du tour de table : la Communauté de communes qui ne bénéficie pas de grosses retombées et paye l'ensemble : pourquoi ne pas impliquer l'ensemble des collectivités qui "bénéficient" de l'ouvrage ? Voilà une piste qui n'avait jamais été explorée : l'étude est alors utile.

- la mise sous forme de base régionale de loisirs, ce serait l'occasion de donner au site une gouvernance francilienne au site et de l'ouvrir à l'ensemble du bassin parisien. C'est évidemment à négocier, mais rien ne l'interdirait absolument, au contraire, puisque cela changerait le public et démocratiserait encore mieux l'équipement. Profitons de l'effet régionales !

dimanche 11 octobre 2015

Fusion-liquidation partielle pour l'Hôpital de Fontainebleau ?


Le Collectif de défense de l'hôpital public de Fontainebleau fait un travail formidable d'explication et de décorticage des projets concernant notre Hôpital 

(http://collectif-hopital-fontainebleau.blogspot.fr/.

La réunion publique du 8 octobre 2015 à la Maison dans la Vallée à Avon le démontre. Voilà ce que j'en ai retenu, rapidement.

L'Hôpital de Fontainebleau est donc menacé d'une fusion avec les hôpitaux de Nemours et Montereau.


UN SECTEUR HOSPITALIER DEGRADE

Alors, que le mal-être du personnel est démontré et que les impératifs financiers l'emportent sur les priorités médicales (+ 90 % de jours d'absence pour maladie en 10 ans, perte de 100 aides soignants entre 2004 et 2014, disparition de 15 lits de chirurgie …), les autorités de santé, à la tête desquelles il y a encore M. Valletoux (Président de l'hôpital et de la Fédération Hospitalière de France) ne répondent pas par des exigences politiques envers l'Etat, mais par une fusion.
Des chiffres précis ont été avancés, non contredits d'ailleurs par un dirigeant de l'hôpital, présent dans la salle.


Il s'agira de continuer la destruction du secteur hospitalier du sud 77 qui va déjà mal. Quelques exemples.

- A Nemours, on se demande si l'on peut encore parler d'Hôpital, puisqu’il a été réduit à la portion congrue et démembré : suppression des 60 lits de chirurgie et suppression de l'obstétrique (maternité). C'est un hôpital malade du sous-investissement, de la casse de services entiers et pour lequel le taux de fuite (patients quittant le territoire pour se faire soigner ailleurs) est à un taux record de 77,6 % en 2013 ! Et des services sont encore menacés de délocalisation !

- A Montereau, un hôpital qui a subi un amaigrissement en lien avec le plan de désendettement et qui peine à finir sa rénovation-reconstruction, bloquée par l'ARS.

- A Fontainebleau, un hôpital qui a dû attendre sa rénovation, après l'échec d'un projet de Partenariat public/privé au Bréau, projet du Maire de Fontainebleau jugé - à juste titre - comme aberrant par l'Agence Régionale de Santé (voir la lettre de l'ARS : http://collectif-hopital-fontainebleau.blogspot.fr/2013/02/lettre-du-6-fevrier-2013-de-lars-arret.html ; voir mes articles d'époque : L'Hôpital : la reconstruction sur place validée ; Conseil municipal du 25 mars 2013 : Nécessité de la rénovation générale de l'hôpital de Fontainebleau). Certains parlementaires s'interrogent même sur sa rénovation après fusion.



UNE FUSION FAUSSE SOLUTION

Lorsque l'Agence Régionale de Santé a imposé un seul directeur commun au lieu d'en avoir trois, il n'y a eu aucune protestation ! Un signe avant coureur.

 La fusion entérinera cela :
-  en mélangeant la dette pour la cacher au lieu d'obtenir des crédits,
- en supprimant encore des lits sans tenir compte de leur répartition (méthode classique : l'ensemble semble avoir des doublons, mais on oublie la répartition géographique)
-  en permettant de faire des ajustements sur le personnel et les services (transfert entre sites)
-  en dévalorisant les emplois,  les praticiens courront de consultation en consultation sur les 3 sites.

Ne parlons pas de l'attractivité médicale : les praticiens viennent en situation de progression et non de régression : le mauvais signe est donné, alors que l'on manque de spécialistes (urologie, ophtalmologie, etc.).


VERS UNE FUSION AVEC MELUN ?

Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales de 2012 estime que la fusion n'est pas une solution.
En d'autres termes, la fusion permet de faire croire que l'on fait quelque chose, alors qu'au mieux on gérera la pénurie et au pire que l'on procédera à des réductions de services.

Il se profile déjà, un nouveau drame : il semblerait que la fusion envisagée, en tout cas la coordination avec Melun, risquerait d'entraîner la subordination de nos 3 hôpitaux. Nous nous retrouverions avec la suprématie d'un hôpital public/privé, dans lequel les cliniques feront la Loi et imposeront une vision privée anti service public. Voulant bénéficier d'une meilleure rentabilité, il n'y a pas de doute que leur intérêt est la régression du secteur public.

Alors nos trois petits hôpitaux, fusionnés ou non, deviendront de petits dispensaires, peu attirants, sans attractivité pour du personnel et aggravant encore le taux de fuite.


CESSION DU PATRIMOINE HOSPITALIER :
VERS UNE RÉDUCTION DE FONCIER !

Alors que l'on nous disait que la reconstruction sur place était aberrante médicalement et impossible techniquement, on apprend avec intérêt que l'on envisage de vendre une partie de l'Hôpital actuel et notamment sa partie historique
Étrange, non ? Besoins d'argent, peur de manquer de subventions ou volonté de spéculation immobilière (à rapprocher avec l'affaire du quartier Chataux) ? 
Le service des domaines a déjà donné une estimation.



TERRITOIRES RURAUX DELAISSES

Alors que le débat sur les régionales commence à peine, on peut s'étonner du mépris pour nos territoires ruraux et urbains excentrés.
On attendait plutôt de ceux qui se disent les défenseurs du service public de santé, qu'ils aillent au combat pour leurs concitoyens, leurs malades et leurs personnels, plutôt que de collaborer honteusement à la régression.

Au lieu de défendre le territoire, certains élus favorisent le secteur privé, quitte à détruire le moteur même du service de santé. C'est une vision à courte vue, car elle risque d'entraîner la destruction même du secteur libéral de premier recours. Et donc la dévitalisation des territoires. Alors que l'on pourrait développer des filiales de l'hôpital, avec des centres publics de santé, plus proches des gens, dans nos territoires, au lieu de s'éloigner encore plus d'eux.
Beau sujet de campagne pour les régionales !


UN PROJET CONTESTE

Les 3 comités techniques d'établissement ont donné à L’UNANIMITE UN AVIS DEFAVORABLE, mais le conseil de surveillance a passé outre en début de semaine.  
Les élus locaux, les citoyens sont-ils au courant ? Pas de concertation, en douce, à la cloche de bois ! Bref, les conséquences sont suffisamment graves pour les cacher sous le tapis.

Autant le public était nombreux, autant les élus locaux étaient absents : désintérêt ou peur de la vérité ?
On m'a même dit que la candidate d'un parti bien connu, Mme Pécresse avait été interpellée sur la question de cette fusion lors de sa visite au marché de Fontainebleau le dimanche 4 octobre 2015. Elle aurait été visiblement très gênée, aux côtés de M. Valletoux, pour répondre aux questions des bellifontains sur l’avenir de l’hôpital, elle qui préconise la défense des territoires excentrés de notre région !

Le Docteur Jean-Michel Meck, Madame Francine Daupias et Messieurs Boré et Bricker ont présenté une analyse très détaillée, avec tableaux analytiques de chiffres et pourcentages à l’appui, sur la dégradation de la situation, ainsi que les dangers de la fusion. Je les remercie ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de cette réunion très instructive et qui devrait, à mon avis, être reconduite sur la commune de Fontainebleau. J'ai noté les interventions de la Présidente de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux de proximité, Mme Françoise Nay.

L'affaire est donc à suivre.

Le Collectif de défense de l’hôpital va continuer le débat, mais on peut déjà lire des passages de la conférence qu'il a présentée :